Trois Académies dans le virage numérique

Trois Académies dans le virage numérique

Dans les trois Académies franciliennes de Créteil, Paris et Versailles, les équipes des Directions Académiques pour le Numérique Educatif (DANE) se sont mobilisées pour accompagner les lycées ayant opté pour la solution 100% numérique proposée par la Région.

Académie de CRETEIL

Rozenn Dagorn, DANE Créteil

Rozenn Dagorn

Où en est-on dans l’académie de Créteil, d’abord en matière d’adhésion au projet régional, ensuite en matière d’enrôlement des équipements individuels destinés aux élèves ?

Plus de 75% des lycées publics, 135 parmi 171 pour être précise, ont répondu positivement à la proposition de la Région de prendre le virage numérique et d’opter pour les manuels numériques.

Au début de l’année scolaire, nous avons été confrontés à des difficultés signalées lors de la rencontre au lycée Raspail. Mais cela ne nous a pas empêché d’avancer et je reste donc optimiste ! Environ un tiers des équipements mobiles des lycéens sont aujourd’hui enregistrés. J’espère que la mise en œuvre du Wi-Fi sera effective à la fin du premier trimestre 2020 dans tous nos lycées et que 100% des équipements mobiles auront été enregistrés.

Quelles mesures d’accompagnement des établissements avez-vous mises en place depuis la rentrée ?

Notre organisation est basée sur l’accompagnement individuel des lycées. Nous nous appuyons sur 25 formateurs et 3 coordonnateurs départementaux pour l’accompagnement de proximité et 3 personnes en charge du suivi du projet et de la synthèse des données de suivi. Nous avons appelé chaque établissement. Certains sont autonomes et se débrouillent très bien seuls. Nous avons vu tous les autres au moins une demi-journée. Le formateur réunit un petit groupe de professeurs leaders sur le numérique, entre 5 et 10 personnes en général.

Pour les référents GAR, c’est-à-dire les 2 ou 3 professeurs qui ont la responsabilité dans chaque lycée de l’accès aux ressources numériques, les manuels en particulier, auprès de leurs collègues et des lycéens, nous avons organisé une série de Webinaires, sur des sessions de 2h, qui ont beaucoup de succès et sont très appréciées.

Pour les formations disciplinaires, nous avons mobilisé les inspecteurs et nous nous appuyons sur les GREID (Groupes de Réflexion et d’Expérimentation Informatique Disciplinaires). Tous ont été réunis en début d’année scolaire avec pour mission de répercuter les informations concernant les ressources numériques, les productions des groupes sur leurs sites respectifs.

Nous avons enfin programmé un événement important en avril à la Centrif’, tiers lieux universitaire à Champs sur Marne sur le modèle de ce que nous avions fait l’an passé, le 12 juin 2019, et qui sera, cette année, entièrement consacré aux lycées en transition numérique. Il s’agit de partage d’expérience, des professeurs présenteront leurs pratiques à leurs collègues et nous inviterons également les éditeurs de ressources.

Affiche Creteil

Comment voyez-vous la suite de la transition en cours ?

La suite, c’est sûrement le BYOD (bring your own device). Les taux d'équipements des lycéens sont importants (voir par exemple les études du CREDOC). Même dans le 93 ! La question c’est donc de savoir si les équipements personnels vont venir au lycée, si les professeurs l’accepteront. Tout dépendra des usages et de notre capacité à intégrer des usages pertinents pour lutter contre une fracture qui est bien davantage celle des usages que des équipements. Il faut rappeler que dans certaines sections de BTS, les étudiants travaillent déjà sur leur machine personnelle. Pour les autres, la transition dans laquelle nous sommes engagés est une étape. Il n’est pas question d’aller directement au BYOD. Mais l’outil se démocratise et c’est sans aucun doute dans cette direction que nous allons.

Académie de PARIS

Philippe Taillard, DANE Paris
Philippe Taillard

Commençons par actualiser l’état des lieux du déploiement des équipements distribués aux élèves et aux professeurs des 55 lycées numériques de l’Académie de Paris. Où en est-on aujourd’hui ?

Le taux d’enrôlement des tablettes et des portables augmente régulièrement mais nous n’avons pas atteint le niveau de 100% avant la fin de l’année comme nous l’avions prévu. Un tiers environ des équipements ont été enregistrés à cette date. Les causes sont connues, elles ont été signalées lors de la réunion au lycée Raspail. La procédure initiale d’enrôlement réalisé par les lycéens eux-mêmes, en dehors de l’établissement, a été remplacée par celle d’un enrôlement dans l’établissement qui fonctionne beaucoup mieux. Après la réunion de Raspail, la Région et ses prestataires Unowhy et La Poste ont mis en place une procédure simple et rapide.

La généralisation du Wi-Fi devrait être effective avant la fin du deuxième trimestre. Les équipes pédagogiques peinent parfois à imaginer des usages hors ligne. C’est dommage car ils sont tout à fait possibles. En particulier, grâce aux manuels numériques qui peuvent être téléchargés et utilisés hors connexion. Nous avons pris du retard, mais les objectifs seront atteints.

L’une des missions de l’Académie est d’accompagner les équipes éducatives dans la prise en main des équipements. Vous avez rapidement présenté le dispositif que vous avez mis en place début novembre au lycée Raspail. Pouvez-vous le reprendre ici ?

Nous avons produit une affiche qui résume notre approche et explique comment nous nous préparons pour prendre le virage numérique dans les lycées. Notre dispositif repose sur quatre modules.

Le premier de trois heures est un module de prise en main. Nous demandons au chef d’établissement de réunir entre 20 et 50 professeurs auxquels nous présentons tout ce qu’il faut savoir pour démarrer une activité pédagogique exploitant les équipements individuels en classe. Nous ferons la même proposition chaque année.

Le second module est plus original mais aussi plus inspirant. C’est pourquoi nous l’avons appelé Inspiration. Nous voulons montrer au plus grand nombre de professeurs plusieurs exemples d’usages ayant une forte valeur ajoutée pédagogique. Une première séance de ce format a été organisée dès le mois de novembre et a réuni près de 250 enseignants qui ont pu assister à 12 démonstrations d’usages.

Chaque atelier dure 30 minutes de sorte que dans l’après-midi, les professeurs pourront en voir six. Ce sont des ateliers essentiellement interdisciplinaires. Nous espérons ainsi convaincre les participants à s’engager dans la formation. Deux autres séances auront lieu en janvier, le 16 et le 30.

Le troisième module se présente comme une formation à la carte pour s’adapter au mieux au besoin des enseignants. Il s’adresse aux professeurs individuellement et démarrera après les vacances de février.  Notre carte propose 8 plats différents (voir l’affiche) dont certains ont été conçus et produits avec CANOPE et le CLEMI. Nous commencerons bientôt à prendre les inscriptions et les enseignants seront regroupés autour du même plat.

Le quatrième module concerne la formation disciplinaire avec des démonstrations et des ateliers de formation proposés par les inspecteurs avec leur GiPTiC (groupe d’intégration pédagogique des TIC).

L’académie prend avec la Région et les deux autres académies franciliennes un virage numérique important pour les lycées.

Poster Paris

Poster de présentation des formations dans l'Académie de Paris

Comment percevez-vous la suite de cette aventure, l’après-virage ?

Il faut d’abord que le socle technique, c’est-à-dire des accès Wi-Fi performants et stabilisés, soit installé dans tout l’établissement. L’équipement individuel des élèves avec des équipements fournis par la Région est une première étape qui pourrait déboucher sur le BYOD (AVEC en français). Nous n’en sommes pas là, l’étape actuelle est indispensable, mais je suis convaincu que nous y viendrons.


Académie de VERSAILLES

Fabrice Gély et Fabrice Lemoine, DANR Versailles
Fabrice Gély et Fabrice Lemoine

Deux Fabrices se sont mobilisés pour répondre à nos questions : le DANE en titre, Fabrice Gély, et son adjoint Fabrice Lemoine, en charge depuis de nombreuses années des ENT versaillais.

Votre académie est la plus importante des trois franciliennes et vous devez avoir, en toute logique, le nombre le plus important de lycées à accompagner. Exact ?

C’est exact. Nous avons 143 lycées sur un total de 200, soit plus de 70% de nos lycées qui ont opté pour le numérique.

Sur la base du pourcentage d’enrôlement des équipements individuels, où en êtes-vous du déploiement ?
Aujourd’hui, nous en sommes à 30%, mais les choses s’accélèrent grâce à la mise en place du pré-enrôlement mis en œuvre par la région. Nous avons de très bons retours sur cette opération qui facilite grandement les choses. La Poste a engagé des moyens importants pour aider les établissements et préparer les machines avant de les distribuer aux lycéens. De nombreux lycées se sont positionnés pour bénéficier de cet appui.

Du côté du Wi-Fi, l’installation n’est pas achevée partout, mais elle avance vite à présent. Nous expliquons qu’il n’est pas nécessaire d’attendre d’avoir une couverture Wi-Fi totale pour distribuer les équipements mobiles : les manuels numériques peuvent être téléchargés en dehors du lycée puis utilisés hors ligne. Par ailleurs, la région a annoncé que le Wi-Fi sera disponible en mars dans les lycées du virage numérique.

Côté formation et accompagnement des équipes éducatives, qu’avez-vous prévu ?

Notre proposition est organisée en quatre temps. Le premier temps consiste à former une quinzaine d’enseignants dans chaque établissement, des professeurs relais, auxquels nous présentons l’écosystème dans toutes ses composantes et qui le diffuseront auprès de leurs collègues. Nous leur recommandons des interventions courtes, pendant les pauses méridiennes ou des regroupements disciplinaires. Les conseillers de bassin sont ensuite chargés de suivre et d’accompagner les lycées.

Certains des professeurs relais, plus de 300 au total, sont des « référents GAR ». Nous les avons formés en octobre en utilisant la classe virtuelle de Magistère sur un module de deux heures.

Le Temps 2 est un temps d’approfondissement pour la pédagogie, dans une approche qui se veut transversale plutôt que disciplinaire. Il se déroule selon le modèle FIL, formation d’initiative locale. Il s’agit de montrer aux enseignants comment exploiter les ressources disponibles, les manuels, la BRNE, les granules lelivrescolaire, etc. La durée varie selon les besoins. Nous avons déjà 30 établissements qui se sont positionnés.

Les temps 3 et 4 (voir le poster ci-dessous) sont des temps davantage axés sur les disciplines. Ils impliquent toujours les professeurs des lycées, mais également les formateurs disciplinaires et les inspecteurs, dans des groupes qui seront le plus souvent mixtes.

Affiche Versailles

Affiche Versailles

Poster de présentation des formations dans l'Académie de Paris

Comment voyez-vous les étapes futures du plan qui démarre cette année ?

Notre ambition est celle de faire du numérique une chance pour tous, une chance de mieux apprendre et de mieux s’insérer dans la société du XXIème siècle. Cela passe, pour chaque élève, par une disponibilité des ressources numériques et des moyens d’y accéder. La question du BYOD devra sans doute être posée prochainement, car beaucoup d’élèves sont déjà équipés au domicile et la maîtrise de leurs équipements constitue aussi un important enjeu éducatif. Il conviendra de rester vigilant, là encore, sur l’égalité des chances en ne laissant personne sur le côté, en continuant à veiller à la plus-value éducative de ce qu’apportent ressources et matériels numériques par un accompagnement et une formation de qualité.