Un lycée pour rebondir

Un lycée pour rebondir

Lancé en mars 2009, le projet académique Rebond s'adresse à des élèves décrocheurs, de plus de 16 ans, souhaitant intégrer une 1e L en vue de passer le baccalauréat et idéalement de poursuivre des études supérieures...

Jeux dans la cour du lycée Jacques Brel, La CourneuveLancé en mars 2009, le projet académique Rebond s'adresse à des élèves décrocheurs de plus de 16 ans souhaitant intégrer une 1e L en vue de passer le baccalauréat et, idéalement, de poursuivre des études supérieures. Il est rattaché au lycée d'enseignement général et technologique Jacques Brel de La Courneuve mais se situe dans des locaux distincts, mis à disposition par la Ville de la Courneuve.

Pour sa première année de fonctionnement, la structure accueille 7 élèves. A partir de la rentrée prochaine, elle devrait intégrer de nouveaux locaux et voir sa capacité d'accueil passer de 15 à 40 élèves. L'offre d'enseignement sera étendue à la classe de terminale et à la filière ES. A terme, le micro-lycée couvrira l'ensemble des niveaux et des filières de l'enseignement général (L/ES) et sera situé sur le site de l'IUFM du Bourget.

A plusieurs titres, ce dispositif innovant pourrait utilement tirer parti de Lilie. Nous avons échangé à ce sujet avec Mme Bouhassane, professeur de Lettres et coordinatrice de la structure, dont l'enthousiasme et l'implication contribuent sans conteste au développement de ce projet nouveau-né et en construction permanente.

Devant le semainierPouvez-vous nous expliquer brièvement l'organisation de la structure ?

Notre équipe compte 12 personnes, une assistante pédagogique, Lucie, et 11 enseignants  dont moi-même qui suis à la fois professeur de Lettres pour nos élèves et coordinatrice de la structure. Seules Lucie et moi travaillons à temps plein au micro-lycée. Nous sommes donc amenés à échanger régulièrement par mail, même si j'ai du me freiner dans la diffusion d'informations pour ne pas encombrer les boîtes mails !
De manière générale, pour échanger avec l'équipe enseignante, j'utiliserai volontiers les panneaux d'affichage et les espaces de stockage partagés proposés par Lilie. En tant que coordinatrice, je reçois beaucoup d'informations que je répercute par mail aux collègues. J'évite cependant de les noyer sous les messages, ils m'ont demandé d'être vigilante à ce sujet.

Comment sont organisés les enseignements ?

Cette année, l'emploi du temps s'étale de 9h à 17h du lundi au vendredi. Nous réfléchissons notamment à modifier ces horaires à partir de la rentrée prochaine pour mieux nous adapter au rythme particulier de nos élèves. Outre les heures d'enseignement, l'emploi du temps comprend une heure hebdomadaire consacrée, en alternance, à un groupe de parole avec une psychologue et à des séances de tutorat animées conjointement par un binôme d'enseignants et l'assistante pédagogique. Il intègre également « l'heure de tous », temps de discussion hebdomadaire qui réunit l'équipe et les élèves.

Le semainier et l'emploi du temps

Et le profil des élèves ?

Le parcours de décrocheur de nos élèves trouve son origine dans des problèmes familiaux qui les ont à un moment débordés et amenés à interrompre leur scolarité. Nos élèves ont entre 17 et 22 ans et sont pour la plupart des garçons. Ce sont des jeunes assez précoces, pas forcément scolaires mais très curieux. Finalement, le niveau scolaire n'est pas tellement une difficulté car ils progressent très vite.
Nous accueillons une élève brillante mais qui n'a pas confiance en elle. Pour un autre élève, le dispositif joue le rôle de première d'adaptation, il était auparavant en BEP et souhaite maintenant préparer un baccalauréat L. Il est motivé.
Pour d'autres qui ont vu leur parcours scolaire interrompu pendant un ou deux ans, le raccrochage est parfois plus difficile. L'absentéisme en début de journée est un problème récurrent pour nombre d'entre eux, en particulier le lundi. J'appelle systématiquement les élèves absents, si je ne parviens pas à les joindre, j'essaie de contacter leurs parents. De manière générale, nous dialoguons en priorité avec les jeunes eux-mêmes. Notamment en raison du taux important d'absentéisme, un cahier de texte en-ligne nous serait utile. Je sais que certains élèves se connecteraient depuis chez eux pour voir où nous en sommes, prendre connaissance des documents mis à disposition par les enseignants. Le fait qu'ils ne viennent pas sur place pas ne veut pas dire qu'ils sont démobilisés, pas toujours en tout cas.

Comment se fait l'admission ?

Les dossiers d'admission remplis par les CPE ou les conseillers du CIO sont étudiés en commission à l'Inspection Académique de Bobigny qui se réunit une fois tous les quinze jours. Elle réunit tous les coordinateurs des dispositifs Nouvelles chances, la coordinatrice départementale des dispositifs, l'inspecteur chargé de l'orientation, l'assistante sociale de secteur, le médecin et parfois un représentant de la PJJ. L'ENT pourrait sûrement être mis à profit dans ce cadre.
L'élève doit adhérer à son entrée dans le dispositif, la seule adhésion des parents ne suffit pas. Par ailleurs, après avoir intégré le micro-lycée, l'élève dispose de quatre semaines pour se décider définitivement.

Quelle forme prend l'évaluation dans le dispositif ?

L'année est divisée en 6 périodes (se remobiliser / se réapproprier la posture d'élève, s'investir dans le travail, etc.) qui s'achèvent pour les 5 premières par un « conseil de progrès » au cours duquel élèves et enseignants échangent sur le chemin parcouru, les acquis et les perspectives de travail. A la demande des élèves, ces conseils - collectifs au départ - ont finalement pris la forme d'entretiens individuels. On pourrait aisément envisager un suivi et des échanges préparatoires via l'ENT.

Vous utilisez des bulletins de notes ?

Au cours des conseils, nous travaillons à partir d'un bulletin qui n'a pas grand-chose à voir avec celui habituellement utilisé dans les établissements scolaires. En effet, notre système d'évaluation ne repose pas sur la notation. Il accorde une part importante à l'auto-évaluation : c'est l'élève qui remplit le premier son bulletin en formulant son propre « constat » sur les compétences évaluées, le bilan des enseignants complète ses propos.

Vous n'utilisez donc pas de logiciels de saisie des notes et des bulletins ?

Oui, tous nos outils que ce soit pour l'édition de bulletin, la saisie des absences, ont été conçus par l'équipe, le plus souvent à partir d'Excel.
Le tableau des présences est saisi sur informatique par l'assistante pédagogique à partir du tableau rempli par les élèves à leur arrivée sur place. Ce sont eux qui notent leurs heures d'arrivée.
Les élèves se trouvent donc des acteurs à part entière de leur évaluation, du suivi de leur présence, ...
Oui, nous cherchons à les remobiliser.
Le chiffre du jourDes espaces d'expression sur l'ENT seraient sûrement utiles. Tous les matins, un de nos élèves, notre journaliste, a décidé d'afficher « le chiffre du jour » sur le tableau d'accueil. C'est une initiative personnelle et le résultat est tout à fait intéressant. Ça a donné à d'autres l'idée d'inscrire « le mot du jour » en arabe pour un élève, en chinois pour l'autre mais ils sont moins assidus que notre journaliste !

En tant que coordinatrice, j'imagine que vous êtes amenée à communiquer avec des interlocuteurs nombreux et divers.

En effet et j'attends beaucoup de l'ENT sur ce plan. D'une part, il y a les échanges avec l'équipe, les jeunes et les familles mais aussi avec M. Héraud, le proviseur du lycée dont nous dépendons, et Mme Debourle, la coordinatrice départementale des dispositifs Relais/ Nouvelles chances et du Micro lycée93. Par ailleurs, j'échange de manière intensive avec mes homologues des micro-lycées du Val-de-Marne et de la Seine-et-Marne. Leur structures existent depuis longtemps, c'est très enrichissant d'échanger eux que ce soit comme coordinatrice ou comme enseignante. On pourrait peut être imaginer sur Lilie un espace d'échange dédié aux dispositifs Nouvelles chances. Disposer d'une base documentaire commentaire nous serait vraiment utile, pour les séquences de cours mais aussi pour mutualiser les outils de suivi et d'évaluation des élèves. Pour concevoir notre bulletin, nous avons étroitement travaillé avec l'équipe de Nouvel élan qui avait elle-même travaillé avec celle du lycée Jean Lurçat à Paris.