Petit lycée sous le soleil

Petit lycée sous le soleil

Avec ses douze classes de 2nde, Première et Terminale, le lycée professionnel Armand Carrel (Paris, XIXème) figure, par ses effectifs, parmi plus petits établissements de la capitale. Profitant du soleil automnal, nous sommes allés à la rencontre des 250 élèves du lycée et de son équipe pédagogique. Ici, on utilise l’ENT sans modération…

Vignes dans la cour

13h30

Les couloirs sont silencieux et les portes des classes ouvertes pour laisser entrer un brin de fraîcheur dans des salles encore ensoleillées. Au premier étage, un cours de vente et, à côté, un cours de gestion se déroulent dans des ambiances studieuses. Dans les lycées professionnels, les effectifs des classes ne dépassent jamais 24 élèves.

Elèves de Terminale en cours de gestion

La pratique des exercices en cours est un bon moyen pour se préparer aux futurs devoirs surveillés. Les notes des contrôles sont ensuite regardées de près par les élèves. C’est ce que fait Finda, élève de Terminale en Gestion et administration qui utilise l’ENT depuis la seconde. Elle ne consulte pas l’ENT tous les jours, mais elle se connecte souvent depuis chez elle : « L’an prochain, si je vais en BTS, je n’aurais plus l’ENT du lycée. Ça parait bête, mais ça va me manquer. A la fin du semestre, j’aimais bien voir mes notes. ». La consultation peut se faire depuis le smartphone. Finda aime lire les récits de sorties scolaires publiées sur le fil d’actualités : « On peut voir nos amies en sortie, revivre les visites que nous avons faites. Ça fait plaisir ! ».

Aïssatou, complice et voisine de classe, consulte elle aussi ses notes avec assiduité : « Presqu’une fois par semaine pour être sûre que mes profs n’aient pas oublié mes bonnes notes! ». D’humeur rieuse, Aïssatou n’en dira pas plus sur la qualité de son bulletin mais une chose est sûre : pour elle, l’ENT « c’est facile d’utilisation et ça peut dépanner ».  Elle utilise peu la messagerie mais se souvient d’avoir envoyé un message à un professeur pour éclaircir un point de cours qu’elle n’avait pas compris. Si elle ne se sent pas très à l’aise pour solliciter ses professeurs en dehors des cours, Aïssatou reconnait que cela pourrait pourtant lui rendre service dans bien des occasions.

14h50

Dans la cour de récréation du lycée, on est surpris d’apercevoir des vignes (et des grappes !), des plants de tomates, un compost et une cabane à insectes, tout cela entretenu par un enseignant. Dans ce cadre bucolique, Ousman et Fousseny flânent sur un banc en attendant la sonnerie.

Ousman et Fousseny sur le banc de la cour

Cette année, les deux compères préparent leur bac de Gestion et administration. Grand utilisateur d’internet, Ousman a décroché un stage en assurance en s’inspirant de modèles de CV et de lettres de motivations trouvées sur le web. Il accède à l’ENT via son smartphone : « Je surveille mes absences, pour savoir où j’en suis, et si ça ne va pas, je régule!». Fousseny de son côté a été souvent absent l’an passé. L’un de ses professeurs mettait ses cours en ligne via le cahier de textes, ce qui lui permettait de suivre la progression, à distance. Cette année, il n’a pas été absent. Mais sait-on jamais…

15h10

Maya, élève de Terminale, section accueil-relation clients et usagers

Quatre étages au-dessus de la cour, une classe de Première planche sur un devoir sous les yeux attentifs de Julien, leur professeur de vente. Une fois sa copie rendue, Maya vient nous confirmer que le cahier de textes numérique est un outil de rattrapage précieux. Elève du lycée depuis la seconde, Maya n’est pas souvent absente mais lorsque cela lui arrive elle a désormais un réflexe : « C’est assez facile, depuis mon PC à la maison, je me connecte sur l’ENT avec mes identifiants. Ensuite, je clique sur ‘cahier de textes’ et je sélectionne le nom du professeur. Je trouve la date du cours que je veux récupérer. Je télécharge le cours et c’est bon ! ». Il arrive aussi à Maya de ne pas parvenir à bien noter pendant le cours ou à ne pas comprendre les notes qu’elle relit chez elle : « Grâce au cours en ligne, je peux compléter mes leçons, clarifier les notes que j’ai prises pendant le cours, revoir la formulation. ».

Julien et ses élèves en cours de vente

Un tel dispositif pédagogique ne peut fonctionner que si les enseignants déposent leurs supports de cours sur l’ENT. C’est ce que fait Julien, professeur de vente, depuis plusieurs années. Comme la plupart de ses collègues, il prépare la totalité de ses cours en version numérique : un cours, un chapitre, un document numérique. « J’aime bien le cahier de textes de l’ENT car je prépare mes cours au format numérique, c’est ma façon de travailler. Par conséquent, lorsque je renseigne le cahier de textes après chaque cours, je joins systématiquement un document au format numérique. La semaine dernière par exemple, j’ai déposé le chapitre ‘Caractériser la clientèle’. ». Voilà une façon rapide et efficace, tant pour lui que pour ses élèves de tirer le meilleur parti du cahier de textes. Julien voit également dans cet usage de l’ENT une façon de responsabiliser ses élèves : « Si un élève a été absent, je ne lui distribue pas le cours imprimé lorsqu’il revient. C’est à lui de se connecter sur l’ENT, de télécharger puis d’imprimer le cours auquel il n’a pas assisté. Au lycée, nous apprenons à nos élèves à devenir autonomes. »

Très bien équipé en matériel informatique avec un ratio avoisinant un ordinateur par élève, le lycée Armand Carrel met à la disposition des élèves du papier et des imprimantes au CDI et dans de nombreuses salles de classes. Utilisateur de l’application mobile, Julien consulte ses mails reçus sur l’ENT depuis son smartphone mais à ce stade et dans un souci d’exemplarité, il ne l’utilise pas pour noter les absences en début de cours.

15h30

Grégory, administrateur de l'ENT du lycée

La visite se poursuit en compagnie de Grégory, professeur de mathématiques et administrateur de l’ENT depuis sept ans. Il a participé à son déploiement en 2009 et a pu mesurer le chemin parcouru depuis. « En 2009, la proviseure s’est montrée très motrice sur le sujet des ENT, son souhait était de supprimer tous les papiers dans les casiers et de dématérialiser l’information ! ». Après une année de transition où la diffusion d’informations auprès de l’équipe pédagogique s’effectuait en parallèle via la distribution de papiers et via l’ENT, le lycée est passé au tout numérique. Grégory se souvient, non sans un brin d’agacement, de la période délicate pendant laquelle la solution ne permettait pas d’associer des pièces jointes aux mails envoyés depuis l’ENT, « C’est fini, nous pouvons désormais joindre sans encombre n’importe quel document à nos mails, cela facilite la communication entre tous les membres de l’équipe. ».

L’ENT est ainsi devenu le lieu de partage de l’information entre tous les personnels de l’établissement : « Nous sommes actuellement en pleine préparation du festival de cinéma. Une grande partie de l’organisation et du partage des contributions de chacun passe par la messagerie de l’ENT ».

Escalier du lycéeRéférent de l’ENT au sein du lycée, Grégory salue les nombreuses fonctionnalités offertes par l’ENT et les progrès réalisés depuis 2009 mais cela ne l’empêche pas de regretter « qu’elles ne [soient] pas toutes au point. ». Confronté régulièrement à des problèmes de comportements des élèves en classe, le lycée souhaiterait par exemple pouvoir exploiter la fonctionnalité du « rapport d’incidents » qui existe bel et bien dans l’ENT et permet à un professeur de relater des faits plus ou moins graves commis par un élève dans sa classe afin de les porter à la connaissance de la vie scolaire et du professeur principal. Mais cette fonctionnalité présente encore quelques failles : « Lorsqu’un professeur rédige un rapport via l’ENT, le document n’est envoyé automatiquement ni au CPE ni au professeur principal. S’il faut envoyer un mail pour signaler que le rapport a été créé, cela perd son intérêt. C’est du bon sens, notre lycée n’utilise une fonctionnalité que si elle facilite la tâche par rapport aux pratiques actuelles.». Malgré ces réserves, Grégory reste convaincu que l’ENT est un outil indispensable : « Environ 100% des comptes élèves sont activés et mes collègues et moi-même ne saurions plus nous en passer ! ».

15h50

Passage rapide au secrétariat de la direction de l’établissement où officie Olga, souriante derrière son grand écran.

Olga, secrétaire de direction

« Ici on dématérialise au maximum. Dans l’ensemble, ça marche bien. Quand j’ai un problème, j’appelle Grégory, ou la plateforme informatique du Rectorat bien sûr. Pour moi, l’ENT, c’est Zimbra. La messagerie est ouverte en permanence sur mon bureau avec celle du rectorat sur un autre onglet. J’ai appris à jongler de l’une à l’autre. Ce serait mieux bien sûr si elles communiquaient mais je me suis habituée. Mes trois derniers mails ?... Je viens d’envoyer un message à tous les personnels pour leur rappeler qu’aujourd’hui c’est l’élection des représentants du personnel. Avant, j’ai eu un échange avec une professeure d’éco-gestion qui est hospitalisée et qui n’a pas pu assister à une réunion organisée par l’inspecteur. Elle s’inquiétait de savoir s’il avait été prévenu. Je lui ai envoyé un mail : ne t’inquiète pas, il est prévenu ! Il y a 5 minutes, le professeur de la section européenne m’a envoyé la liste de ses élèves et juste avant, j’avais fait suivre à la vie scolaire une info sur un élève que l’on n’a pas vu depuis septembre. »

Le prochain projet d’Olga et de Grégory, c’est l’agenda. La secrétaire gère un agenda partagé pour l’ensemble de l’équipe de direction. Mais ce n’est pas celui de l’ENT que pourtant beaucoup de personnels utilisent. Alors, c’est sûr, il faudrait tout basculer dans l’ENT et partager les agendas en même temps que les emplois du temps. L’ENT le permet mais cela réclame de l’organisation. Grégory et Olga se sont promis d’y réfléchir…

16h00

La visite se termine en salle des professeurs au premier étage. Le sujet est lancé, l’ENT suscite toujours autant d’animation. Sophie, professeur de français en Première et Terminale se souvient de sa méfiance initiale. « J’étais rétive car je n’aime pas le changement. » précise-t-elle sur le ton de la confidence. Pourtant aujourd’hui, elle rejoint Grégory : « C’est très utile pour communiquer entre nous. Avant l’ENT, nous utilisions nos mails personnels, cela posait des questions sur la frontière vie privée/vie professionnelle. Désormais, nous disposons d’un outil commun dédié à notre activité pédagogique. Personnellement, j’ai tout de même paramétré mon compte pour rediriger mes mails reçus sur l’ENT vers mon adresse personnelle, mais c’est un choix. ».

La messagerie de l’ENT serait un bel outil de communication interne donc, mais quid de la communication avec les élèves ou leurs parents ? Sophie est catégorique, « Jamais, je n’ai reçu un mail de parent ou d’un élève via l’ENT, mes échanges avec les élèves sur leurs devoirs se font via les mails personnels. » Grégory, lui, a déjà communiqué par mail avec ses élèves et se montre confiant : « Aujourd’hui une chose est incontestable : nous utilisons naturellement et systématiquement la messagerie de l’ENT entre membres de l’équipe. De leur côté les élèves se connectent à l’ENT pour leurs usages, il faut maintenant créer des interactions entre nos deux communautés d’utilisateurs. Si nous commençons à leur envoyer des mails pour proposer des exercices aux élèves demandeurs, ils consulteront leur messagerie et peut-être cela ouvrira la voie à de nouveaux usages de l’ENT. ».

Gaud, professeur de gestion

Gaud, professeur de gestion qui mène avec ses élèves le projet « Entreprendre pour apprendre », souligne surtout la chance de disposer d’un outil unique qui réunisse toutes les fonctionnalités. « Certains éléments restent à améliorer, notamment le cahier de textes que je trouve lourd à exploiter… Mais il faut reconnaitre que disposer d’une seule interface pour tous les outils, c’est une bonne chose. ».

Abdel, professeur d’anglais se qualifie lui-même de « réfractaire au numérique ». Alors que pense-t-il de l’ENT du lycée ? Comme ses collègues, il reconnait l’intérêt de la messagerie pour la communication en réseau. Hormis cela, il utilise peu l’ENT pour ses cours. « C’est évidemment une chance de disposer de ressources numériques illimitées, je mesure l’intérêt pédagogique de cela. Mais il faut bien comprendre que notre établissement est un lycée professionnel. Nos élèves sont parfois très difficiles et ils peuvent se déconcentrer facilement. A mon sens, leur proposer des activités via PC, smartphone ou tablettes sera le meilleur moyen de les disperser… ».

Dans cette salle des professeurs comme dans beaucoup d’autres, les discussions vont bon train. Celle à propos de l’ENT fournit l’occasion de se rappeler d’une autre, l’an passé. Sophie avait monté un projet culturel avec un rappeur et des graffeurs qui ont animé des ateliers avec des élèves dont l’un a débouché sur une fresque très colorée dans la cour. Mais d’autres professeurs, comme Abdel, déplorent que de tels projets maintiennent les élèves dans un univers culturel étroit alors que l’on pourrait choisir au contraire de les entraîner au-delà. « Mais c’est un point de départ ! » proteste Sophie : « et puis, nous avons réussi à les mettre en position active, ils ont créé une œuvre, ce n’est pas si courant. ».

Il faudrait ouvrir un forum sur l’ENT pour poursuivre la discussion.

En attendant, jugez par vous-même.

Fresque réalisée par les élèves et des artistes dans le cadre d'un projet culturel

Nadine Riu, proviseure du lycée Armand Carrel n’était pas disponible le jour de notre visite. Nous l’avions rencontrée en 2014 à l’occasion d’un reportage au lycée Michelet de Fontenay-sous-Bois. Nous en profitons pour la saluer.