Le pari de Lilie

Le pari de Lilie

Entretien avec Pascal Cotentin, Inspecteur d'Académie, directeur du CRDP et conseiller du recteur de l'Académie de Versailles.

 

Après trois ans de déploiement de Lilie, quel bilan en tirez-vous pour l'académie de Versailles ?

Pascal CotentinLilie est un produit encore nouveau. Il a les qualités et les défauts d'un produit réalisé et amélioré au fur et à mesure des remontées des utilisateurs.
Malgré l'anticipation et la préparation avec le Conseil régional, nous avons tout de suite été confrontés à des problèmes complexes. D'autant que nous avons dû avancer à marche forcée pour tenir les délais du calendrier de déploiement.
Et des problèmes, il y en a eu : ce produit n'était pas finalisé pour un déploiement massif aussi rapide. En particulier pour les lycées des deux premières vagues. Par exemple, les connecteurs avec les solutions de vie scolaire, Pronote en particulier, n'ont pas été opérationnels tout de suite. C'est très pénalisant parce que ce sont des services indispensables au quotidien. S'ils ne fonctionnent pas, l'équipe laisse tomber et se dit : on verra l'année prochaine ou quand cela fonctionnera. Et, en attendant, elles reprennent leurs outils habituels.

Il faut bien comprendre que nos métiers sont des métiers saisonniers. Si l'ENT n'est pas opérationnel à la rentrée, en septembre avec l'annuaire alimenté, et pas en novembre, il n'y a pas de miracle, on perd un an.

Vous savez aussi que les causes possibles de défaillance d'une application informatique aussi complexe que celle-ci est sont multiples.

Le premier problème est le débit d'accès à Internet. Le réseau de l'établissement doit ensuite être correctement configuré. Lorsque l'accès aux services est impossible ou trop lent, cela peut venir du produit lui-même ou bien d'un mauvais paramétrage au sein du lycée qui peut empêcher l'accès à Lilie. Cela peut venir aussi d'un problème de transmission de l'annuaire fédérateur entre le système du rectorat et celui du prestataire, de la configuration des groupes dans la base du rectorat ou des données mal transférées ou transférées hors délais.

Quoi qu'il en soit, ce service a généré au départ un véritable engouement pour une utilisation pédagogique. Mais les pannes répétées et fréquentes l'ont pénalisé. Et bien sûr, chaque partie prenante a rejeté la responsabilité sur l'autre.

Il faut être en phase avec la vie des établissements et avec le calendrier, c'est le point clé.

Tout cela est très complexe, dans l'ingénierie comme dans le pilotage. Or, les deux devaient être menés de front, sans recul d'expérience. Avec une difficulté supplémentaire dans l'académie de Versailles : beaucoup de lycées avaient déjà déployé des services numériques en fonction des projets et des propositions académiques.

Depuis trois ans, le projet a avancé à marché forcée dites-vous. Mais c'est aussi cela qui a permis de déployer la quasi-totalité des lycées dans les délais prévus, c'est-à-dire assez vite. Est-ce là un atout dont on pourrait à présent tirer parti ?

Il faut maintenant se dire que tous les problèmes techniques sont derrière nous. Dans l'académie de Versailles, nous sommes prêts à faire ce pari. Nous allons intensifier les stages de formation dans les établissements. Beaucoup de lycées sont demandeurs et prêts à nous suivre. La demande de formation aux services pédagogiques a triplé depuis le début de l'année. Si ces conditions sont réunies, alors oui, nous allons pouvoir avancer.

Si ces conditions sont réunies, alors oui, nous allons pouvoir avancer

Mais il nous faut rapidement un outil ENT pleinement fMais il nous faut rapidement un outil ENT pleinement fonctionnel, en mai prochain au plus tard, de façon à ce que nous puissions convaincre et préparer les établissements pour la rentrée prochaine. Avec un niveau de confiance retrouvé.

Si ces conditions sont réunies, alors oui, nous allons pouvoir avancer, intégrer ces usages, dans le volet numérique du projet d'établissement, faire du vrai travail collaboratif.

Dans quels sens voyez-vous ces changements ?

Pascal CotentinIl faut développer les usages numériques pédagogiques grâce aux services proposés par Lilie, intégrer l'accompagnement éducatif, favoriser l'accompagnement personnalisé, apporter un service aux élèves à besoins particuliers. Et continuer une mise en place graduée des services, en particulier pour les parents d'élèves.

Nous avions écrit, il y a quatre ans, qu'il y a trois leviers du changement : anticiper et préparer ; concerter et convaincre ; accompagner et former. Ces trois leviers sont toujours d'actualité. La mise en place de la commission TICE de l'établissement, instance de réflexion et de concertation sur la politique en matière de développement du numérique, est essentielle. Il est urgent désormais d'inventer l'éducation mobile, la M-éducation, en convergence avec les apprentissages scolaires. Une réflexion est à mener sur l'utilisation personnelle et sur l'intégration scolaire des objets et des services numériques de la mobilité ; se poser la question de leur statut : objet personnel, fourniture scolaire ou outil d'apprentissage obligatoire ? Tout particulièrement en ce qui concerne les pratiques des jeunes : téléphones portables, tablettes tactiles, réseaux sociaux, blogs...

Il faut dans le même temps, développer les pratiques d'enseignement à distance et le travail de mutualisation inter-établissements, et regrouper les ressources pédagogiques accessible par l'ENTdans un portail régional.

L'ENT doit devenir un outil de pilotage au service de l'établissement : pour cela, il doit être intégré au projet d'établissement. Ceci me permet d'espérer et de croire à la réalité du numérique au service de la réussite de l'élève. C'est ce que nous nous proposons de montrer à Intertice les 5, 6 et 7 février 2013 à La Défense en mobilisant l'ensemble des acteurs et des partenaires.