De la continuité pédagogique

De la continuité pédagogique

Christine Gaubert-Macon est IA-IPR d'économie-gestion de l'académie de Créteil. Elle accompagne le déploiement de Lilie dans sa discipline bien sûr, mais aussi auprès des proviseurs. Elle nous parle de sa perception du projet et de ses pratiques à l'heure de l'ENT.


Christine Gaubert-Macon est IA-IPR d'économie-gestion de l'académie de Créteil. Elle accompagne le déploiement de Lilie dans sa discipline bien sûr, mais aussi auprès des proviseurs.


Christine Gaubert-Macon, IPR d'économie-gestion

L'observatoire académique des usages des TICE a récemment publié un rapport intitulé « État qualitatif du déploiement du cahier de texte numérique dans l'académie de Créteil » auquel vous avez contribué. Quel est votre point de vue sur ce service dont on dit qu'il est stratégique pour l'ENT ?



J'interviens lors des formations des chefs d'établissement aux côtés de Claudio Cimelli, le conseiller TICE du recteur de l'académie. Ma contribution porte plus particulièrement sur le cahier de texte numérique et ses usages. Je reviens sur les textes officiels et je propose une démonstration du service sur Lilie.

« J'insiste sur le fait que le cahier de textes numérique doit être mis au service de la continuité pédagogique, qu'il est nécessaire de dépasser le cadre d'un usage purement réglementaire. C'est un point de vigilance sur lequel j'attire l'attention des équipes de direction.»

Le cahier de textes poursuit quatre finalités distinctes et complémentaires :

  • Disposer d'une trace de l'activité réalisée en cours ;
  • Indiquer le travail à faire par les élèves et les échéances tels que les devoirs sur table ;
  • Proposer aux élèves des ressources pour approfondir ;
  • Permettre la continuité pédagogique.

Tous ces usages ne sont pas encore intégrés par les professeurs hormis chez ceux qui ont utilisé un ENT ou un équivalent au cours de leurs études. Les usages se mettent en place progressivement.


La continuité pédagogique repose en partie sur une individualisation plus grande de la relation avec les élèves. Comment les enseignants perçoivent-ils cette évolution ?

Enseignante et ses élèves, lycée De Villaroy de Guyancourt

L'individualisation est une modalité que les outils numériques peuvent favoriser par exemple par une communication interindividuelle ou la mise en place de procédures d'analyse des capacités des élèves et de fourniture de ressources adaptées. Certains enseignants d'économie et gestion s'en sont emparés très tôt du fait de la place des stages dans les formations aux BTS qui nécessitent de suivre à distance les étudiants.

Respecter les règlesLorsque je dialogue avec les enseignants, je veille à les mettre à l'aise concernant la communication avec leurs élèves. Je les invite à instaurer des règles, notamment en ce qui concerne les usages de la messagerie. Ils n'ont pas à s'obliger à répondre à des courriels reçus à 22h, le dimanche matin, etc. La messagerie ne suppose pas des échanges instantanés. Pour cela, il y a d'autres outils (chat, webconférence, etc.) avec des protocoles d'usages spécifiques.

En tant qu'inspectrice, j'accompagne les professeurs dans leur réflexion sur les usages de Lilie. Sachant que pour un même besoin pédagogique, plusieurs services peuvent être utilisés, il est nécessaire de donner aux professeurs une représentation des possibles pour chaque service. C'est un travail de longue haleine.


Comment percevez-vous la relation des élèves avec cet outil ?

Lorsque leurs enseignants renseignent le cahier de texte numérique, j'observe que les élèves prennent rapidement l'habitude de s'en remettre à lui et qu'ils abandonnent volontiers leur agenda personnel. Or il me paraît important que les élèves tiennent leur propre agenda, papier ou numérique d'ailleurs. Cela peut paraître conservateur mais tenir son propre agenda de travail suppose une démarche d'appropriation de la part de l'élève.

Elèves du lycée De Villaroy de Guyancourt

Par ailleurs, au cours de mes visites en établissement, je constate qu'il y a une pression des parents en faveur du développement de l'ENT : ils souhaitent connaître les dates des devoirs sur table, les sujets des révisions et évidemment les notes.  Cette pression s'exerce davantage en lycée d'enseignement général et technologique qu'en lycée professionnel. Il existe une fracture numérique qui traduit une fracture par rapport à la place de l'école dans la vie familiale.


Le déploiement d'un ENT dans un établissement pose de multiples questions aux équipes de direction comme aux enseignants, il se heurte aussi à des obstacles...

Dans certains lycées, force est de constater que Lilie pâtit d'un manque de confiance de la part des équipes. Les conseillers des chefs d'établissement sur l'informatique et les ENT sont souvent des pionniers des usages des TIC qui avaient développé leurs propres solutions. Ils sont par conséquent assez critiques à l'égard de Lilie. Et certains chefs d'établissement n'ont pas une représentation suffisamment précise des possibilités du numérique pour ne pas se laisser impressionner et prendre des décisions qui leur appartiennent vraiment.
Escaliers du lycée Simone Weil de Paris

Lilie se heurte aux habitudes installées
. Par exemple, beaucoup de jeunes professeurs ont le réflexe d'aller sur Google ou d'autres plateformes gratuites lorsqu'ils ont besoin d'outils de partage et de collaboration en-ligne, Pour cette raison, j'insiste auprès des professeurs sur les avantages offerts par Lilie en termes de propriétés des documents déposés, de sécurité des élèves et de traçabilité des actions effectuées.

Par ailleurs, dans certains lycées, plusieurs solutions numériques coexistent ce qui complique encore un peu plus les choses.


Vos pratiques d'inspection sont-elles modifiées par le cahier de textes numérique et de quelle façon ?

Casiers en salle des professeursAvant de me rendre dans un établissement, je soumets mon plan d'inspection au chef d'établissement. Une fois que nous nous sommes mis d'accord, elle ou il contacte les enseignants.

Lors de l'inspection, je prends connaissance de différents documents dont bien évidemment le cahier de textes. Le plus souvent, les enseignants en ont fait une extraction sur une clé que je consulte avec mon ordinateur portable. Pour l'instant, il n'est arrivé qu'une seule fois que l'administrateur Lilie m'ouvre un compte invité pour que je puisse, en amont de la visite, consulter le cahier de textes d'un professeur. Je ne le demande pas car concrètement, je n'ai pas le temps de consulter les cahiers de texte avant l'inspection. À la réflexion, je réalise que je continue de faire comme avec le cahier de textes papier qui ne pouvait être consulté que sur place. Je maintiens une habitude !

Aujourd'hui, avec le cahier de textes numérique, je me heurte à un problème fonctionnel qui concerne directement la pédagogie. Comme je consulte désormais le cahier de texte de l'enseignant et non plus celui de la classe, il m'est plus difficile d'apprécier le travail de l'enseignant à l'aune de la progression pédagogique dans les autres disciplines.

Par ailleurs, un aspect règlementaire me pose encore question : comment fait-on pour viser et signer un cahier de textes numérique et ainsi figer son contenu à la date de la visite ?


Pour finir, comment intégrez-vous l'usage des TICE dans l'évaluation des professeurs ?

Elève utilisant un TBI au lycée Louis Bascan de Rambouillet

« À mes yeux, le renforcement de l'individualisation et de la continuité pédagogique sont des apports fondamentaux des TIC. »Je ne pars pas avec un a priori positif parce qu'une professeure ou un professeur utilise l'informatique. L'usage des TIC n'est pas nécessairement positif. L'appréciation de l'apport des TIC aux pratiques de l'enseignant se fait au cas par cas. Certains professeurs se cachent derrière le numérique en espérant ainsi plaire à leurs élèves. Pourtant, il arrive que l'informatique serve à renforcer les pratiques magistrales, par exemple avec les diaporamas.