Dans la sphère geek

Dans la sphère geek

Entretien avec David Latouche, professeur de Sciences Physiques et administrateur Lilie au lycée Saint-Exupéry de Mantes la Jolie (académie de Versailles).

Portrait de David LatoucheLes geeks sont des amateurs d'outils numériques nouveaux. La sphère geek est constituée de ces outils mais aussi des échanges et des expériences auxquels ils donnent lieu.

Incontestablement, David Latouche est un prof geek. Il l'assume et voit l'avenir de l'ENT dans un rapprochement avec cette sphère geek.

Vous êtes à la fois enseignant, formateur et administrateur Lilie dans votre lycée. Par quoi voulez-vous commencer ?

Commençons par ma mission de formateur. J'anime des formations académiques destinées aux professeurs de sciences physiques et de chimie, sur les usages pédagogiques du numérique en général, parfois sur des problématiques plus ciblées concernant notre discipline, par exemple dans le cadre de la mise en place des démarches innovantes pour les nouveaux programmes de 1ère S ou TS.

Vous connaissez bien les outils numériques que l'on utilise aujourd'hui pour enseigner les sciences physiques et la chimie au lycée. Quels sont-ils ?


Il s'agit surtout d'outils de la famille EXAO (expérimentation assistée par ordinateur). Ils permettent, grâce à des capteurs, d'enregistrer sous forme numérique les données d'une expérience réelle. Ces outils sont à présent bien implantés et les professeurs de physique-chimie ou de SVT en ont une bonne maîtrise.
"Le plus intéressant c'est que l'on peut faire de l'EXAO en dehors de la classe, sur site."

Mais je pense que nous pourrions assister à une révolution dans l'EXAO avec l'arrivé des outils nomades, tablettes et Smart Phones. Dans la classe, les capteurs connectés sur ces terminaux nomades apportent de la souplesse : on peut approcher l'instrument de mesure au plus près de l'expérience physique.  Mais le plus intéressant c'est que l'on peut faire de l'EXAO en dehors de la classe, sur site. On peut par exemple connecter à certains Smart Phones une sonde que l'on va plonger, à l'occasion d'une sortie scolaire, dans l'eau d'un étang pour mesurer le pH. C'est évidemment un progrès important pour la pratique des sciences physiques, de la chimie et aussi des sciences de la vie et de la Terre. La collecte de données scientifiques à l'extérieur de la classe devient alors un jeu d'enfants.

Vous avez d'autres exemples d'utilisation des outils nomades dans la classe ?

L'équipe du GEP (Groupe d'Expérimentation Pédagogique) de physique-chimie que je coordonne, teste par exemple en classe, l'utilisation des Smart Phones des élèves comme boitiers de réponses. C'est un outil qui vient de la sphère geek, mais il est très facile à utiliser. Il permet de mettre en place rapidement et facilement une évaluation de type diagnostique ou formative lors d'une séquence pédagogique. J'interroge les élèves, ils me répondent avec leur téléphone et les résultats de toute la classe s'affichent en direct sur le tableau numérique. On peut passer par la 3G ou le Wifi.

Poll Everywhere : un outil de mesure immédiate d'interaction

Polleverywhere

http://www.polleverywhere.com/

Cela augmente les  interactions entre les professeurs et les élèves et cela donne beaucoup de liberté.

Passons maintenant  à l'ENT. Quels usages en avez-vous ?


Je suis un gros utilisateur. Je commence en début d'année par le faire découvrir à mes élèves. J'organise une séance d'une heure de type TP : inscription de chaque élève et présentation des usages basiques. Je me suis coordonné avec mes collègues de Sciences physiques pour toucher tous les élèves de Seconde. C'est important : tout doit partir d'un travail d'équipe.

J'utilise aussi beaucoup la messagerie interne de Lilie. Cela est bien adapté pour les élèves timides, car il y en a plus qu'on le pense. Ils peuvent poser des questions, demander des conseils. Je vois alors mon rôle comme celui d'un accompagnateur, au-delà du temps et de l'espace de la classe.

Tous vos élèves je l'imagine ne s'adressent pas à vous par la messagerie, certains restent à l'écart.


Bien sûr, il y a de la déperdition. Mais il y en a avec tous les canaux de communication. Lorsque je parle, tous ne m'écoutent pas forcément à l'instant « t ». Les documents que je leur distribue, ils ne les lisent pas tous systématiquement. C'est la même chose avec chaque canal. Un seul ne suffit pas. Il en faut plusieurs, et la messagerie en est un, qui s'ajoute aux autres. L'idée, c'est qu'au final, on augmente les chances pour que le message parvienne à son destinataire et que la relation s'établisse entre apprenants et professeur, de manière synchrone ou asynchrone.

Revenons aux outils de l'ENT. En dehors de la messagerie, lequel utilisez-vous le plus ?


J'utilise beaucoup l'espace de travail. Et en particulier le casier numérique que je trouve vraiment génial, très facile à utiliser. Je m'en sers pour distribuer des supports de cours ou de TP et ramasser les productions des élèves.

Mais cela suppose qu'ils acceptent tous de produire leur devoir sous forme numérique...


C'est un peu plus compliqué. J'essaie d'habituer les élèves aux différentes façons de produire. On commence par le classique, le papier. Ensuite, on utilise des outils numériques, d'abord pour produire de l'écrit, mais aussi, j'y tiens beaucoup, pour de l'oral. Je leur fais utiliser par exemple leur téléphone pour enregistrer un mini compte-rendu oral de TP. Quand on a fait un tour d'horizon de tous ces moyens, je leur laisse le choix. Il faut dire que les élèves d'aujourd'hui sont à l'aise avec tous ces outils. Je les laisse m'en faire découvrir que je ne connais pas.

Utilisez-vous le cahier de textes ?

Pas celui de Lilie mais celui de Pronote qui nous convient mieux. D'une façon générale, les professeurs de l'établissement trouvent que l'ergonomie de Lilie pose des problèmes, en particulier le cahier de textes. Trop de clics !  On s'y perd. Et puis, il y a des limitations techniques : les sélections multiples de fichiers, le glisser-déposer, cela fonctionne dans les services de l'ENT, mais pas entre l'ENT et le bureau de son ordinateur personnel. C'est un frein pour les usages. Les professeurs et les élèves ne peuvent pas s'empêcher de comparer les services proposés par l'ENT avec les outils qui existent dans la sphère geek.
"Les professeurs et les élèves ne peuvent pas s'empêcher de comparer les services proposés par l'ENT avec les outils qui existent dans la sphère geek."

La solution, ce serait d'intégrer dans Lilie des outils comme Etherpad ou Ethercalc qui permettent de produire du  texte ou des calculs à plusieurs et en temps réel. Pour tous ceux qui, comme moi, s'intéressent beaucoup au travail collaboratif, ce serait un outil précieux. Et comme ces applications existent en accès libre, il suffirait de les intégrer dans Lilie.

Je prends un autre exemple. Il existe un système de visioconférence (Big Blue Button) très pratique qui permet, entre autres, de partager le bureau de son ordinateur. C'est un outil en accès libre et qui a été spécialement conçu pour l'enseignement.

Le gros bouton bleu

http://www.bigbluebutton.org/

Lui aussi pourrait être facilement intégré dans Lilie.

Passons maintenant à votre rôle d'administrateur de l'ENT dans votre lycée. Avez-vous une idée du niveau d'adoption de Lilie ?


Nous avons une commission TICE qui impulse la dynamique. Environ 70 % des élèves ont un compte actif. Parmi les 120 professeurs, une trentaine utilisent Lilie tous les jours, les autres de façon plus ponctuelle.

Des vidéos de formation à l'usage de Lilie sur la Scolawebtv de l'Académie de Versailles
Dans la rubrique auteur, chercher Latouche.
Scolaweb
Site d'accompagnement des professeurs du lycée Saint-Exupéry (Mantes la Jolie)
Boîte à TICE

Notre équipe de direction n'est pas encore complètement opérationnelle, ils ont besoin d'une formation et d'un accompagnement.

L'équipe de vie scolaire utilise Pronote que nous hébergeons sur un serveur dédié dans l'établissement.

Les CPE craignent de passer à un service en ligne délocalisé, tributaire de la connexion internet.

Parmi les services très utilisés, il faut mentionner la réservation de salles et de matériels qui fonctionne très bien.

 

Quelles sont vos attentes à présent ?

Elles se situent dans le domaine pédagogique. Aujourd'hui, l'ENT est une plateforme d'échange mais en matière d'usages pédagogiques, tout est à construire.

Deux choses m'intéressent particulièrement. D'abord la possibilité de construire et de gérer des parcours de formation, comme on peut le faire avec Moodle. Ensuite, ce que j'appelle la cartablerie numérique, c'est-à-dire la possibilité pour les élèves de disposer de manuels numériques à travers l'ENT. Cela permettrait de façon très naturelle de conserver les manuels d'une année sur l'autre. En Première, pouvoir consulter le manuel de Seconde en cas de besoin. Le rêve...